J’ai monté mon skateboard électrique : combien coûte le DIY ?

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Monter un skateboard électrique de A à Z est une des choses les plus excitantes que j’ai eu l’occasion de faire dans ma vie. De l’attente inespérée d’un colis venu de chine pour terminer son montage, à la première accélération. Bref, je conseille cette expérience à tout le monde, qui ne nécessite aucune compétence insurmontable, bien qu’elle cache beaucoup de surprise découvertes en cours de route.

Un article en profondeur qui retrace jour par jour la création de mon skateboard électrique DIY.

Partie 1 : Toute l’esthétique du skateboard au service du pratique

revetement carbone de la planche

Jour 1 : choix de ma planche

J’avais quelques vieilles planches qui traînaient dans mon garage et des projets en tête de restauration. Même si j’avais l’idée dans un coin depuis plusieurs mois, j’ai décidé de me lancer avec une réalisation plutôt ambitieuse qui comprendrait de lourds et fastidieux travaux.

Je récupère cette vielle planche que j’avais déjà commencé à défoncer à la dremel dans l’espoir de pouvoir caser un batterie à l’intérieur.

Seulement, je n’avais pas prévu que cette longboard d’apparence frêle me donnerait autant de fil à retordre. Plusieurs pli de bois denses à traverser avant d’atteindre un résultat vraiment mitigé.

Jour 2 : Conception

Je craque littéralement et fonce chez Leroy Merlin pour enfin acheter une défonceuse digne de ce nom. Manque de bol, moi qui suis habitué à une vulgaire dremel, j’attaque la planche en pensant laminer une petite épaisseur : non je passe complètement à travers. Il est trop tard pour revenir en arrière….

Jour 3 : Changement de direction

Mon projet a alors radicalement changé depuis cette erreur. Comme quoi des erreurs mènent parfois à la créativité et à un projet bien plus abouti.

Je défonce littéralement tout l’intérieur de la planche, à la limite de la rupture. Deux maigres épaisseurs latérales maintenaient alors la maintiennent alors en vie. Obligé de continuer je repense la planche, son esthétique et ergonomie.

Jour 4 : Dans la bonne voie

Plutôt que de construire un boitier pourquoi ne pas tout intégrer directement à l’intérieur à la façon Evolve carbone.

Je passe commande chez Hobbyking deux tubes carrés qui traverseront entièrement la planche et consolideront l’ensemble. Je commande également plusieurs tissus de verre, aramide.

Jour 5 : Une planche très résistante et légère

A la recherche d’une solution pour couvrir ma planche de carbone et obtenir un rendu impeccable, j’examine les possibilités. La plus utilisée est la pompe à vide et l’injection d’epoxy. Je réalise que mon budget ne me permettait pas d’investir autant après avoir déjà dépensé 140 euros pour une défonceuse Bosh.

J’analyse les propriétés de matériaux, à la recherche du meilleur rapport solidité prix. Constat alarmant, le carbone coûte beaucoup trop cher pour une résistance très proche de celle de la fibre de verre.

Jour 6 : Moule fait maison

Le lendemain, je cherche un moyen de changer la forme de la planche car il n’y a pas assez d’épaisseur pour y caser une batterie composée de piles 18650. Je cherche un bloc de mousse polypropylène ponçable pour recréer une sorte de protubérance sur la planche. Or le prix de ce genre de mousse est exorbitant pour ce que j’allais pouvoir en faire. J’aurais pu utiliser une mousse employée dans le bâtiment, il se trouve que j’en ai une vieille dans mon garage qui traîne depuis 10 ans.  Le seul problème, c’est que ce genre de mousse fond sous l’action de l’epoxy ou du polyestère. Merde ! Je prend le risque osé de couvrire mon bloc de mousse avec un film plastique plutôt que de débourser 50 euros pour une vulgaire mousse. Je passe une bonne heure à poncer le bloc pour qui se case parfaitement dans la planche. Deux trous dans la planche pour caser ma structure solide en carbone qui rendrait la planche indestructible.

J’utilise donc une combinaison de fibre de verre et d’aramide pour consolider la planche avec une résine polyester achetée chez Leroy Merlin. Le résultat n’est vraiment pas folichon mais je me moque de l’apparence de la planche à cet instant, car j’ai une autre idée en tête.

En effet, J’avais découvert alors une série de vidéo très instructives réalisées par EasyComposite et fini par acheter une kit de covering cabone à environ 70 euros.

Jour 7 : Skining de la planche

Je reçois mon kit Easycomposite et attaque les préliminaire. Le ponçage du polyester Leroy Merlin est fastidieux et totalement imparfait. Le kit de Covering est composé de plusieurs couches qui me permettraient de mettre à niveau plus ou moins la planche. Deuxième erreur, ça n’a pas tout à fait été le cas. Le covering est un travail de longue halène, qui prend de 3 à 4 jours.  C’est une question de préparation et timing pour obtenir des résultats efficaces.

Pour résumer les jours suivants voilà ce qu’il s’est passé :

Première couche de basecoat

2 heures après : collage du tissu de carbone

8h plus tard : la base coat a eu le temps de sécher complétement.

On applique une première couche d’epoxy grossière pour imbiber complètement le carbone.

8h plus tard : la première couche a complètement séchée. On continue d’appliquer 3 fines couches d’epoxy avec 2h intervalle entre chaque couche.

8h plus tard : la résine est dure comme du bois. Il faut alors poncer la bête avec du papier de verre 250 puis affiner avec du 400.

On peut alors passer à la couche finale d’epoxy.

8h plus tard : c’est le moment fatidique, une dernier ponçage intensif avec du papier 800 puis 1200 pour gommer toutes les imperfections.

J’applique un polish spécial pour effacer les dernière rayures laissées par le papier de verre.

C’est le moment d’admirer le résultat.

Je ne vous cache pas que j’étais plutôt déçu du résultat, par manque de préparation en amont, le polyester Leroy Merlin a définitivement laissé des séquelles. La surface n’est pas totalement plane mais la finition est vraiment très pro.

Je finis par accepter que cela n’avait en réalité pas beaucoup d’importance. C’est la partie de la planche que l’on verra le moins au final et qui risque d’être exposée à des impacts fréquents de gravillons.

Deuxième partie : Mécanique et électronique

Jour 10 :

La partie esthétique de la planche est enfin terminée. Enfin c’est ce que je crois à ce moment.

Je reconsidère toute la partie électronique et essaye de faire des économies sans pour autant sacrifier la qualité.

J’ai toujours voulu acheter des hubmotors, ce qui aurait rendu le côté électrique de la planche totalement invisible. Pal mal à l’heure où ces engins ne sont plus très bien vus en ville.

J’opte pour les Maytech mais fini par comprendre que la puissance délivrée ne serait pas à la hauteur d’un build qui m’aurait demandé autant de préparation. Avec deux moteurs on était sur 1600 watts et un prix de 300 euros. Je voulais que cette planche soit puissante et plaisante à rider. Les hubmotors, malgré un entretient plus limité, n’offrent semble-t-il pas ce coup de pieds au cul que j’ai ressenti la première fois.

Je fais quelques tours sur Aliexpress à la recherche de pièces et retombe sur des trucs tout chemins avec roues et supports moteurs.

J’attend le retour de la commerciale Maytech qui m’annonce des frais de livraisons exorbitant. Je pète un plomb et change encore une fois de direction. J’achète un kit complet mountain board. Je trouve des pièces chez différents vendeurs pour économiser un maximum. En fin de compte, je parviens tout de même à gratter 50 euros en commandant en pièces détachées.

Jour 11:

J’avais déjà une bonne idée en tête de ce à quoi la planche ressemblerait. Mais il me manquait encore toute l’électronique. Le moment où l’addition commence à se corser. Je crée une hiérarchie en terme de qualité pour ne pas faire exploser mon budget initial de 1000 euros. Je décide que la batterie est un élément primordial, sur lequel je pouvais pas me permettre de merder. Un moteur qui grille, se remplace. Une batterie chinoise qui crame peut littéralement vous faire brûler la baraque.

Je mesure l’espace disponible à l’intérieur du skate pour savoir la taille maximale de batterie que je pourrai y loger. J’hésite entre du 10s3p ou bien 10s4p qui pourrait rentrer mais vraiment limite.

Je pars sur du 10s3p par précaution, j’ai déjà fait suffisamment de connerie. Je ne connais pas la place que prendra tout le cable et surtout ce précieux BMS.

Je finis par acheter les meilleures piles 18650 actuelles qui ne sont autre que les LG chocolate HG2 3000 mAh 20A. Cela me permet d’avoir presque autant d’autonomie qu’avec une 10s4p et des piles Samsung 25R (le standard absolu). Les piles me coûtent 140 euros (oui ça fait mal mais c’est le prix de la qualité à payer).

Je commande deux VESC Flipsky sur Ebay à 96 euros au total. Je fais de très grosses économies pour des VESC aussi bons d’apparence que ceux que j’ai payé plus de 100 euros auparavant.

Je finis par commander un BMS. Le consensus DIY donne du crédit à une seule marque, il s’agit de Bestech. Il me faillait un truc qui tienne la route pour tirer 60 A de la batterie.

Jour 12 : Je reçois mes piles et le spot welder que j’ai commandé sur Aliexpress. Je réalise mes soudures avec difficultés mais fini par compléter cette putain de batterie.

J’installe le BMS.

J’essaye de caser la batterie dans la planche. Et là c’est le drame. Ca ne passe pas. Je n’avais pas prévu assez large. Je défonce une partie de 0.5cm de chaque côté pour la fourrer bien profond à l’intérieur. Ouf elle rentre ! Mais non cette saloperie est encore trop épaisse !

Je ne désespère pas. j’ai encore quelques jours pour repenser le skate et trouver une solution pour réparer l’erreur.

Jour 13 :

Toutes les pièces reçues ou presque, je n’ai pas encore eu l’idée de génie qui me permettrait de rattraper une batterie qui dépasse d’un demi centimètre sur le dessus de la planche. J’installe le tout le plus vite possible pour pouvoir rider enfin la bête après presque deux mois d’attente.

Mais rien ne va. Les trucs, malgré une bonne finition, souffrent de quelques imperfections qui me font passer 2h de calvaire à tenter de revisser des pas de vis foireux.

Les vis des trucks sont trop courtes, le soleil sur le point de se coucher.

Je cours au magasin de bricolage à côté de chez moi pour acheter des boulons pour le support moteur et les trucs.

Je monte les vis du support moteurs et là c’est le drame. En forçant sans m’inquiéter, je réaliser que les vis sont trop longues. Je me voile la face et me dit que ce n’est rien. J’ai à peine touché le bobinage.

Jour 14: je cherche des nouvelles vis et en trouve. Désormais, il ne me manque plus qu’à configurer les VESC pour rouler. J’installe et tente de démarrer une détection de moteur sur VESC Tool. Ca ne marche pas. Le moteur tousse et a du mal à tourner. Je ne panique pas et cherche sur les forums. Une personne parle de mauvaise connexion au niveau des moteurs.

Jour 15 : je vérifie 25 fois toutes mes soudures et le refait pendant toute la journée. Rien n’y fait, ce satané moteur ne veut pas tourner. Je finis par accepter que j’avais certainement détérioré le bobinage avec cette foutue vis, à cause de ma précipitation ou d’un désir d’éjaculation précoce. Moi qui n’avais jamais été aussi patient jusqu’à présent, je venais de bousiller deux moteurs à 50 euros pièce. Une bonne leçon, mais pas plus mal finalement. Cela me laisse le temps de réfléchir à comment résoudre mon dernier défis. Celui de cette putain de batterie qui ne passe pas.

Jour 16 : je commande deux moteurs et fait péter le budget. J’en profite pour revoir ma vitesse max à la baisse (43 km/h) et apporter un bon gros couple de bourrin. Je découvre le site Overion.com et achète deux moteurs customs 130kv Maytech 6374 de 3500 watts l’unité, on est vraiment plus dans la même dimension. Je multiplie par 3 le budget et dépense 270 euros en plus des 100 que je venais de perdre. Lol.

Jour 17 : j’attends impatiemment ces foutus moteurs mais me calme très vite pour ne pas reproduire la même erreur. Cette fois c’est décidé, plus jamais je ne ferai les choses impulsivement, je ne riderai pas cette board tant que tout ne sera pas nickel.

Je me dirige chez Bricorama, le lieu du drame de ces fameuses vis qui ont tout fait foirer. Je les contemple à nouveau et me traite encore une fois de gros con. En effet, j’avais hésité avec la dimension en dessous et pensais qu’elles ne seraient pas assez longues. Je regarde encore une fois la dimension en dessous et me lamente désespérément.

Je cherche de l’inspiration pour finaliser le dessus de la planche et pense à une technique de moulage à l’ancienne. Il me restait encore du polyester Leroy Merlin, autant l’utiliser. Je pense à un moule basé sur une plaque en aluminium. Je le fais, et ça marche putain. Je suis sauvé.

Le grip est plaqué. J’installe des aimants très puissants dans la planche et sur le moule supérieur pour pouvoir soulever le capot facilement mais sans qu’il ne lâche prise en route.

Jour 18 : je reçois les moteurs. L’excitation est toujours présente, à la recherche du coup de pieds au cul perdu.

Je monte les moteurs avant d’effectuer leur reconnaissance sur le logiciel VESC tool. Le contrôle des deux moteurs s’effectue via le pot CAN. Un VESC sera le maître et l’autre esclave répondant de la même façon que son maître.

Jour 19 : je ponce la planche encore une fois pour qu’elle soit nickel chrome et applique une dernière couche de polish.

La planche finale est plutôt réussie mais la conduite laisse encore à désirer. J’entends par là que parvenir à tourner est une vraie galère. Je n’avais pas prévu que ça serait aussi compliqué. Les trucks mountainboards ne sont pas vraiment adaptés une une planche longboard classique. En général, les mountainboards ont un angle en bout de planche. Malgré la présence de cales, je suis obligé d’augmenter leur angle pour compenser le manque.

Finalement, la planche tourne correctement même si j’ai du faire beaucoup de bricolage pour y parvenir.

Mon skate électrique terminé, je passe en revue les frais engagés.

140 euros de piles

50 euros de BMS

200 euros trucks, roues et support moteur.

280 euros de moteurs

100 euros pour restructurer la planche

20 euros en cablage et connecteurs

100 euros pour les 2 VESC

20 euros pour la radiocommande et le récepteur

Au total la planche m’aura coûté moins de 900 euros.

Pour obtenir un résultat similaire, il faudrait débourser au moins 1500 euros voire 2000 euros. Mais avec le temps passé à travailler dessus, ce n’est pas si rentable de monter sa planche, à moins d’avoir un process bien défini. De la conception au skining, en passant par la fabrication de la batterie, fabriquer un skateboard électrique est une entreprise risquée mais au combien formatrice dans bien des domaines.

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